La diversité des textures capillaires est vaste, complexe et magnifique. Pour tenter de mieux la comprendre, le système de classification des types de cheveux allant de 1A à 4C (la charte de Walker) est largement utilisé. Mais d'où vient cette charte ? Comment fonctionne-t-elle ? Et est-elle vraiment utile ? Explorons ses origines, ses usages, ses critiques et son rôle dans le soin des cheveux.
D'où vient la fameuse charte 1A à 4C ?
Le système tel que nous le connaissons aujourd'hui a été popularisé dans les années 1990 par le coiffeur Andre Walker, connu pour travailler avec Oprah Winfrey. Son but initial était de présenter une gamme de produits capillaires adaptés à différents types de cheveux (The Gold System par Andre Walker Hair). Comme vous l’avez sûrement compris, cette charte a été conçue sur une base marketing et non scientifique.
Cependant, des formes de classification capillaire existaient bien avant. Dès le début du 20e siècle, des systèmes ont été utilisés pour hiérarchiser les types de cheveux selon des critères raciaux, notamment en Afrique du Sud pendant l'apartheid (le teste du crayon) ou dans les recherches pseudo-scientifiques européennes. Vous vous en doutez sûrement : ces antécédents ont laissé des traces dans la manière dont les cheveux sont perçus socialement.
Comment ça marche, concrètement ?
Le système d'Andre Walker repose principalement sur la forme du cheveu et sa texture. Il est divisé en quatre grands groupes :
Type 1 : cheveux lisses
Type 2 : cheveux ondulés (boucles en forme de « S »)
Type 3 : cheveux bouclés (boucles formant un motif en « 2 »)
Type 4 : cheveux crêpus (boucles très serrées, formant souvent un zigzag (« Z »))
Chaque type est ensuite décliné en sous-types : A (fin), B (moyen) et C (épais).
À quoi elle sert? C’est simple : les conseils de soins et la sélection des produits varient selon la case où nous nous trouvons. En effet, chaque type appelle à des formulations et des routines adaptées aux besoins spécifiques de la texture. Ces conseils illustrent que la classification de Walker peut guider le choix des produits et des routines adaptés à chaque texture. Cependant, notez bien que ce système reste partiel pour orienter les soins, car il ne prend pas en compte d'autres critères essentiels. Pour une routine personnalisée, d’autres caractéristiques (mentionnées un peu plus bas) sont encore plus importantes. Le type seul ne suffit pas.
Un outil qui rassemble… mais qui divise aussi
Le système de Walker a fortement façonné la manière de parler de nos cheveux et leur perception sociale. En fournissant un vocabulaire commun, il a permis à de nombreuses personnes, notamment dans la communauté aux cheveux texturés, de se reconnaître et de partager des conseils sur leurs textures spécifiques. Des auteurs soulignent que la classification « permet aux gens de parler et de penser leurs cheveux », facilitant l’échange de routines et de produits entre membres d’une même catégorie. D’ailleurs, elle est si répandue c’est que le public l’a largement adoptée pour la communication et le marketing des produits capillaires.
Cependant, cette classification porte aussi la marque des normes culturelles et historiques. Elle reflète (et parfois renforce) des jugements préexistants sur la « beauté » des cheveux. Historiquement, les cheveux raides ont souvent été considérés comme « supérieurs » aux cheveux crépus, héritage des idéaux européens propagés durant et après l’esclavage. La classification de Walker elle-même a été critiquée pour sa hiérarchie implicite, laquelle valorise les cheveux lisses (type 1) plutôt que les cheveux texturés. En somme, si la charte capillaire a contribué à la mise en valeur des cheveux naturels, elle est aussi perçue comme porteuse d’une perspective racialisée sur ce qui est «normal» ou désirable.
Par ailleurs, plusieurs limites techniques ont été soulevées. Le système ne tient pas compte de critères pourtant essentiels comme la densité capillaire, la porosité, l’élasticité ou encore les variations de texture sur une même tête. Il a d’ailleurs été modifié par la suite, avec l’ajout des sous-types 3C et 4C, pour combler des lacunes importantes. Beaucoup de personnes présentent plusieurs textures en même temps, rendant l’attribution d’un seul type principal souvent réductrice. Ces critiques soulignent que, bien qu’elle soit un point de départ utile, cette classification ne permet pas de capturer toute la complexité individuelle de nos cheveux et peut laisser de côté des besoins spécifiques en matière de soin.
Alors, cette classification : amie ou ennemie ?
La classification 1A à 4C a permis à des millions de personnes de mieux comprendre leur chevelure, d’échanger sur leurs routines et de revendiquer la beauté des cheveux naturels. Mais elle reste un outil incomplet. Réduire la diversité capillaire à quelques lettres et chiffres ne suffit pas à rendre compte de la richesse des textures, ni de la charge historique qu’elles portent. Pour vraiment prendre soin de ses cheveux, il faut aller au-delà des cases, écouter leur comportement, comprendre leur porosité, leur densité, leur épaisseur et surtout, se libérer des hiérarchies de beauté imposées. Apprendre à connaître ses cheveux, c’est surtout les écouter et valoriser chaque boucle, chaque mèche, chaque cheveux.